ARMES ET ARMEMENTS - Armes anciennes et armures


ARMES ET ARMEMENTS - Armes anciennes et armures
ARMES ET ARMEMENTS - Armes anciennes et armures

Le nom pluriel collectif latin arma a une origine obscure. Il paraît de la même famille qu’armus , épaule, probablement lui-même issu d’une racine ar largement attestée dans l’aire indo-européenne, et d’où seraient formés les mots signifiant bras, articulation, mais aussi art, c’està-dire «habileté à agir».

Le vocable armes tel que le comprennent l’archéologie ou la science historique n’englobe que les instruments d’attaque ou de défense utilisés au combat, de la préhistoire jusqu’au XVIe siècle en Occident et jusqu’au XIXe siècle dans certains secteurs de l’Asie ou de l’Amérique, à l’exclusion des armes à feu, des armes dites blanches, qui dérivent des anciennes, mais s’en distinguent pour l’historien, enfin des armes mécaniques ou des armes de siège, qui toutes appartiennent à l’histoire de l’armement.

Mais ce vocable armes recouvre une très grande variété d’engins, qui n’a cessé de s’accroître, et particulièrement dans les pays ou les époques qui favorisèrent l’intervention des populations civiles dans les combats: lutte contre les féodaux aussi bien en Chine qu’en Suisse, guerre de Cent Ans, etc.

On distingue traditionnellement:
– les armes de choc (bâton, massue, marteau, maillet), sans doute les premières utilisées et dont la forme a peu varié;

– les armes d’hast, c’est-à-dire à fer: les unes, sous la forme de lance (arme du cavalier), de pique (arme du fantassin), de sagaie, sont apparues très tôt, se sont peu modifiées, mais se sont prolongées très tard dans l’histoire; les autres, à partir de la hache ou de la faux, ont multiplié leur forme dans tous les temps et tous les pays;

– les armes de jet, à main (javelot, fronde) ou à engin bandé (arc, puis arbalète);

– les armes de main: glaive, épée, cimeterre, dague, qui à cause de leur emploi très généralisé tant à pied qu’à cheval n’ont cessé de se modifier, selon les époques.

Le vocable armure recouvre l’ensemble des moyens de protection du combattant:

– le bouclier, qui a subi un grand nombre d’évolutions parallèles de forme et de poids, régionales ou nationales;

– les défenses de tête, c’est-à-dire les casques, avec leurs infinies formes et variantes, selon les pays et les époques;

– les défenses de corps, c’est-à-dire l’armure de mailles (habituellement dite cotte de mailles), ou l’armure de plates (plaques de fer), la plus récente, et à laquelle seule le langage populaire réserve le nom d’armure.

1. Les armes offensives

Les armes de choc

La massue , la plus primitive de toutes les armes, est déjà un perfectionnement du simple bâton. À l’origine, c’était un gourdin noueux, dont une extrémité était plus épaisse que l’autre, tel qu’il a été fixé dans l’iconographie grecque par la massue d’Héraklès; mais en réalité, dès l’époque néolithique, elle fut composée de deux parties: un manche en bois fixé dans une boule de pierre percée et parfois sculptée, telle la massue égyptienne de Khasékhemoui (Ashmolean Museum, Oxford) montrant le pharaon qui ouvre solennellement les brèches dans les digues lors de la crue du Nil.

Dès l’Empire romain, où les contingents barbares furent sans doute les premiers à utiliser la massue, cette boule devint métallique et se hérissa de pointes. Ainsi se transmit-elle aux combattants du Moyen Âge.

Vers le XIVe siècle, elle eut tendance en Europe occidentale à s’enrichir d’un décor plus luxueux et à devenir l’insigne des gardes royales ou princières (massiers d’armes). Elle fut remplacée progressivement dans l’infanterie par le maillot, et dans la cavalerie par le marteau d’arme plus maniable, mais elle garda sa valeur combative en Europe orientale jusqu’au XVIIe siècle.

Le fléau d’arme , imité du fléau à battre le blé, se composait dans sa forme la plus usuelle d’un manche assez long et d’une chaîne au bout de laquelle était attachée une boule hérissée de pointes, mais il fut utilisé surtout et plus longtemps qu’ailleurs en Europe centrale.

Les armes d’hast

La lance (en latin hasta ) du cavalier ou la pique du fantassin, armes essentiellement fonctionnelles, héritées de l’époque néolithique, ont subi peu de changements au cours des siècles. Mais la forme des pointes a pu varier: plates, en feuille de sauge, ou pyramidales; et la longueur des hampes des piques: deux mètres, en moyenne, dans les armées grecques et romaines, mais jusqu’à sept mètres (sarisses) dans la phalange macédonienne, cinq mètres et plus dans les armées des XVe et XVIe siècles. Si la pique qui arma au XVIe siècle les lansquenets germaniques, les suisses et les tercios espagnols a disparu des armées européennes au XVIIe siècle, la lance a survécu jusqu’à la Première Guerre mondiale et même après, en Pologne.

La hache figure très largement parmi les vestiges néolithiques sous deux types: à «fer» emmanché latéralement, ou à «fer» perforé. Mais l’usage de la hache dans la guerre n’est pas attesté à l’époque néolithique, et ce sont les peuples orientaux de l’Antiquité qui l’ont surtout utilisée pour cet usage. L’armement grec et romain l’a abandonnée de très bonne heure, tandis que certains peuples, tels les Crétois, lui prêtaient une valeur religieuse – sans doute parce qu’elle était l’instrument du sacrifice. Les peuples migrateurs: Francs, Germains, Scandinaves, l’on réintroduite dans les armées d’Occident: à la francisque, montée sur hampe de 60 cm pour le cavalier et de 1,80 m pour le fantassin, a succédé la «hache danoise» maniée à deux mains, et qui fut utilisée jusqu’au XVe siècle.

L’épieu de guerre , transformé en pertuisane pour l’usage des partisans, est devenu arme de parade et de cérémonie à partir du XVIe siècle, après avoir été remplacé au combat par la hallebarde plus efficace.

Des instruments ruraux, comme la serpe et surtout la faux , ont engendré un grand nombre d’armes d’hast, de formes très variées, selon l’habileté des forgerons locaux. Par modification de la forme du tranchant de la faux de guerre, le fauchard, bon pour l’estoc comme pour la taille, est devenu l’arme par excellence des fantassins paysans d’Occident. Puis, sa réputation aidant, ses lames s’allongèrent, se décorèrent richement et devinrent l’apanage des gardes princières.

Le vouge , composé d’une hampe, terminé par une forte lame à crochet et à pointes aiguës, très utilisé durant la guerre de Cent Ans, a engendré, en se combinant avec la hache de guerre, la hallebarde, d’origine probablement germanique et qui fut d’abord l’arme de prédilection des fantassins suisses. Victorieux grâce à elle des chevaliers autrichiens puis bourguignons, les soldats suisses au service des nations européennes – française en particulier – l’imposèrent partout. Ils la conservent encore au Vatican, dans l’état où, au XVIIe siècle, elle devint arme de parade.

Les armes de jet

Parmi les armes à main, le javelot à pointe longue, mais à hampe courte, a joué un rôle important dans l’infanterie légère hellénique (peltastes), dans l’armée romaine et chez les peuples migrateurs du haut Moyen Âge (framée franque); mais il posait un problème de récupération délicat, si bien qu’il n’a guère été utilisé ensuite comme arme de guerre qu’en Europe centrale, tandis qu’il garda un rôle important comme arme de chasse dans beaucoup de pays, et particulièrement en Asie. La francisque , à la fois arme de choc et arme de jet du combattant franc, fut remplacée par une hache de jet légère qui exigeait beaucoup d’adresse, et qui disparut au XVIe siècle.

Les engins bandés sont dérivés de l’arc de chasse, utilisé dès l’époque néolithique. Il était d’une seule pièce, légèrement concave, forme qu’il garda en Égypte, en Assyrie; en revanche, les peuples asiatiques utilisaient un arc à double courbure fait de deux cornes d’antilope ou de chèvre sauvage, finement travaillées et souvent ornées. Cet arc s’imposa à la Grèce par le biais des archers scythes et fut utilisé jusqu’aux Temps modernes par tous les peuples d’Asie, Turcs compris, tant à pied qu’à cheval. Les artisans asiatiques poussèrent également très loin l’art d’orner et de décorer les carquois.

L’Europe occidentale perfectionna l’arc à courbure unique et en fit dès le XIe siècle une arme tactique essentielle. Hasting (1066), Crécy (1346), Azincourt (1415) furent d’abord des victoires de l’archerie. Le grand arc (long bow ) en bois d’if, d’érable ou de frêne, portant de 10 à 12 flèches à la minute, à deux cents mètres, assura longtemps la suprématie de l’archerie galloise. À la veille de la prolifération des armes à feu, l’arc était progressivement remplacé en Occident par l’arbalète. Cette arme, dont le principe remonte à l’Antiquité romaine, permit une visée beaucoup plus précise, et on chercha à pallier sa lenteur et sa lourdeur, par rapport à l’arc, en perfectionnant les mécanismes qui la bandaient: arbalète à moufle, arbalète à cric. L’arme à feu portative l’évinça des champs de bataille au XVIe siècle.

Les armes de main

Les combats se déroulant durant des millénaires comme une série de corps à corps et une multiplicité de duels simultanés, le rôle du poignard et de l’épée est attesté sans interruption de l’époque néolithique au XVIIIe siècle. Arme d’estoc (c’est-à-dire faite pour transpercer) à double tranchant, le poignard néolithique en lame de pierre courte (de 20 à 40 cm) était déjà si parfait que les modèles en métal, cuivre, bronze et fer qui suivirent ne firent que l’imiter. L’art de la forge permit non seulement d’en faire une arme de luxe (poignard de Mycènes à incrustations d’or, au musée national d’Athènes), mais d’en allonger la lame. Ainsi passa-t-on à l’usage du glaive , arme d’estoc, mais aussi de taille (qui permet de frapper de bas en haut), et l’archéologie a identifié sept types de glaive créto-mycéniens en bronze. L’épée grecque à deux tranchants qui suivit était assez courte. Ce sont les peuples ibériques, déjà très habiles à forger les métaux, qui donnèrent à l’armée romaine son épée, beaucoup plus longue, et terminée en pointe. Elle fut remplacée au IIIe siècle par la spatha à bords parallèles, encore plus longue, empruntée aux cavaliers germains.

Déjà l’épée était tenue en main grâce à son pommeau, et à sa fusée où quatre dépressions aident l’effort des quatre doigts. Cette poignée au cours des siècles ne cessa d’évoluer en fonction de préoccupations à la fois esthétiques et utilitaires. Une barre de fer plein, placée à l’intersection de la poignée et de la lame à l’époque carolingienne, se transforma en «quillons» recourbés au XIe siècle. Puis la poignée ira s’allongeant: les quillons se développeront pour mieux envelopper les mains, une ou deux gouttières évident la lame pour la rendre plus légère. Fourreau, baudriers, poignées et lames même s’enrichissent d’ornements, de garnitures, d’inscriptions. L’épée courte, ou dague, le poignard et sa variété, le cinquedeis italien, suivirent la même évolution. Ainsi, l’art des grands centres de fourbissage (Brescia, Tolède, Solingen, Rives) atteignit son plus haut point de luxe et de perfection au XVe et au XVIe siècle, cependant que la gigantesque épée à deux mains aussi haute qu’un homme était réservée aux plus athlétiques.

Le sabre , grand et long coutelas courbe, qui ne sera adopté réglementairement dans les cavaleries françaises qu’à la fin du XVIIe siècle, était déjà depuis longtemps en usage dans les armées asiatiques: arabe, turque, chinoise et japonaise. Il atteignit son point de perfection au Japon où les armes à feu ne furent introduites qu’au XVIIe siècle et où les samouraïs avaient le privilège de porter le daisho («le grand et le petit», c’est-à-dire deux sabres, le wazikeshi , sabre court, le katana , sabre long) et le kozuka , couteau qui se fixait dans le fourreau. De forme ronde et plate, la tsuba , ou garde du sabre, était beaucoup plus simple qu’en Occident; la mode d’ouvrager cette petite pièce de protection avec des incrustations d’or et d’argent exerça longtemps l’art de milliers d’artisans de l’époque des Tokugawa (1600-1868).

2. Les armes défensives

Le bouclier

Utilisé par les populations les plus primitives, le bouclier a été confectionné en matériaux de toutes sortes, pourvu qu’ils fussent résistants, et a pris dans l’Antiquité les formes géométriques les plus variées.

Du IXe au XIVe siècle, l’Occident connut trois formes de boucliers:

– l’écu , aussi haut qu’un homme, ovale, terminé en pointe, décoré d’emblèmes héraldiques; allégé au moment des croisades jusqu’à prendre la forme d’un triangle équilatéral, bombé au cours du XIVe siècle, il ne sert qu’à l’homme à cheval;

– le pavoi , plus léger que le grand écu, mais tout aussi haut, de forme quadrangulaire, sert à la protection des fantassins. Ses emblèmes, visibles de loin, servent à «pavoiser» pour affirmer le désir de vaincre;

– le bouclier rond sous le nom de rondache , servant aux combattants à l’épée, surtout en Italie et en Espagne, qui devint pièce de parade au XVIIe siècle, jusqu’à supporter de très belles peintures ou des motifs en métal repoussé.

À cette date, il est vrai, toutes les armées occidentales avaient abandonné le bouclier devenu objet de luxe, où l’art de la gravure rivalisait avec l’art de la ciselure.

Les défenses de tête

En cuir ou en métal, les défenses de tête ont adopté très tôt en Asie la forme d’un cône pointu, et ce type général aura peu de variantes puisqu’il a été adopté par la Russie médiévale en contact avec les Mongols aussi bien que par les combattants musulmans des croisades. En Occident, en revanche, depuis l’Antiquité grecque, les formes ont constamment varié.

Le haut Moyen Âge occidental utilisa jusqu’au XIe siècle la forme unique à nasal. Au XIIe et au XIIIe siècle, on lui substitua une cervelière , simple calotte de fer couverte d’un capuchon de mailles. Le XIIIe siècle invente le heaume cylindrique et le chapel de fer , dérivé du chapeau civil rond. Mais, à la fin du XIIIe siècle, on leur préfère le bassinet , composé d’une cervelière avec couvre-nuque de mailles et couvre-visage (ventaille) articulé à l’avant; les mailles seront remplacées par d’autres pièces de métal pour constituer l’armet , prototype dès 1450 de tous les casques de cavalerie qui serviront jusqu’au XVIIe siècle. Le soldat d’infanterie se protège grâce à une salade , avec ou sans visière articulée, dérivée du chapel de fer , et subissant des adaptations locales. Une de ces adaptations aboutit au morion , à bords retroussés à l’avant et à l’arrière, caractéristique avec la bourguignotte (salade à visière) des guerres du XVIe siècle, tandis que la cavalerie de l’Europe de l’Est adopte la capeline , combinant une calotte ronde avec un protège-nuque venu d’Asie.

Les défenses de corps

Héritière à la fois de l’Empire romain et des peuples migrateurs de l’Asie, l’armure tout entière de mailles de fer devait se perpétuer au Moyen-Orient et jusqu’en Chine. Tandis que l’armée byzantine utilisait tout aussi bien la cotte de mailles et celle d’écailles ou de plaquettes de métal cousues, les mouvements des peuples migrateurs, navigateurs (Vikings) ou cavaliers devaient généraliser en Occident la cotte de mailles, qui commence à s’imposer à la fin du haut Moyen Âge (ainsi la broderie de Bayeux) et qui devient le seul cuirassement utilisé à partir de 1150.

Le tissu de mailles est alors devenu grand haubert , c’est-à-dire tunique longue, fendue en bas par-devant et par-derrière, faisant corps avec manches, mitaines et capuchons, mais à jambières indépendantes. Peut-être pour éviter la rouille, l’échauffement ou l’éblouissement, les croisés recouvraient le haubert d’une chemise de toile ornée d’emblèmes plus ou moins voyants et luxueux, usage qui se perpétue jusqu’au XVe siècle. Le coût de cette armure la réservait aux chevaliers et à la noblesse.

L’effet de l’arbalète et de la dague, particulièrement efficaces contre le tissu de mailles, les progrès de l’économie et de la métallurgie conduisirent vers la fin du XIIIe siècle à renforcer le tissu de mailles par des plaques de fer, ou même à lui substituer aux endroits les plus vulnérables des plaques de métal cloutées, offrant moindre prise aux armes pointues.

De l’extension et de l’articulation de plus en plus perfectionnée de ces différentes plaques ou pièces de métal devait naître vers 1430 le harnois de guerre qui, endossé par-dessus la cotte de mailles, épouse toutes les parties du corps et protège la tête même par un casque aux diverses parties bien articulées. C’est alors que le vocabulaire de l’armure s’enrichit des vocables techniques précis désignant chacun une pièce spécialement adaptée à son usage.

De 1430 à 1600, l’art des batteurs d’armures aboutit à des chefs-d’œuvre de plus en plus complexes. L’usage tactique, contraire à tout bon sens, qui fut fait de la cavalerie cuirassée au cours de divers engagements en Occident, particulièrement en France (Courtrai, Azincourt), en Suisse (Morgarten, Sempach) et au Moyen-Orient (Tibériade), ne doit pas jeter le discrédit sur l’utilité militaire réelle du harnois de guerre ni sur ses capacités fonctionnelles.

Le harnois de l’homme d’armes pesait 25,5 kg, auxquels il fallait ajouter 6,5 kg de cotte de mailles et 34 kg de harnois de cheval. La cavalerie en armures était évidemment une cavalerie lourde, parfaitement utilisable dans certains combats et sur un grand nombre de terrains, mais son usage systématique, et dans les endroits où elle n’avait rien à faire, conduisit à des désastres.

Né en Italie du Nord, le harnois arma bientôt les chevaliers de France, d’Angleterre, d’Espagne, avant de s’imposer en Allemagne. L’armure complète, de pied en cap, dite gothique, entièrement articulée à la fin du XVe siècle, est remarquable par sa sveltesse. Ses cannelures ont un effet esthétique en même temps qu’elles dévient les coups. Les ateliers de Milan et des grands centres d’Allemagne méridionales en réalisent les plus beaux types.

La nécessité pour les combattants de se reconnaître entre eux favorisait en même temps l’extraordinaire floraison des emblèmes héraldiques, peints, brodés ou tissés sur des robes passées par-dessus l’armure. Mais l’élégance et le luxe atteints par le harnois de guerre au XVIe siècle, sous la Renaissance, devaient évincer cette cotte tissée et armoriée qui dissimulait la richesse du métal au profit d’autres emblèmes (pennons, flammes, drapeaux). La mode masculine des vêtements amples et déchiquetés (à crevés), la virtuosité des artisans du métal influencent alors la conception de l’armure. Maximilien d’Autriche régnant sur le Saint Empire, puis Charles Quint, Louis XII et François Ier de France, Henri VIII et Élisabeth Ire d’Angleterre ont à cœur de créer des types d’armures caractéristiques et de haute qualité. Les grandes dynasties d’armuriers de Milan, d’Augsbourg ou d’Innsbruck font école et s’expatrient. Le fer, ou l’acier d’abord simplement poli, noirci ou bruni au feu, s’enrichissent d’incrustations d’or ou d’argent, de ciselures, de décorations repoussées et damasquinées, voire d’émaux colorés. L’école de Greenwich mit à jour un catalogue (Victoria and Albert Museum) dont les produits sont extrêmement luxueux.

Les joutes et des tournois toujours très prisés durant la première moitié du XVIe siècle, le luxe et le goût de la parade des cours princières prolongèrent l’art des batteurs d’armures au-delà de l’apparition des armes à feu. L’emploi combiné des armes à feu et des armes d’hast sur les champs de bataille maintint d’ailleurs jusque vers 1675 l’usage de «trois quarts d’armure» puis de «demi-armures».

Durant ces siècles, l’armure japonaise, malgré l’art des fourbisseurs de sabres, était loin d’avoir accompli une évolution aussi remarquable. Sa matière resta faite d’un réseau serré de bandes circulaires, de lames de bois et de cuivre laquées, posées transversalement et reliées par une infinité de cordons et de tresses de soie. Mais on peut imaginer que cette matière, au moins aussi résistante que le fer, avait l’avantage de la légèreté.

Encyclopédie Universelle. 2012.